Certains poètes, notamment au dix-neuvième si mes souvenirs sont bons, prétendaient que la beauté de leurs textes venait d'une verve divine, d'une inspiration apportée par une sorte d'entité supérieure qui leur ferait voir une esthétique particulière retranscrite dans leur oeuvre.
Honnêtement, c'est du pipeau. Soyons sérieux et rationnel, virons les Dieux et les Démons imaginaires de ces explications outrancièrement peu réalistes. On écrit ce qu'on invente, et de ce fait, toute création mentale quelle qu'elle soit, aussi fertile l'imagination puisse-t-elle être et aussi grande la foi dans l'Inconnu soit-elle, a des racines profondes dans l'être même de la personne préteduemment artiste. Tout cela pour souligner le fait que quelqu'un qui écrit, même si la nature de son écrit est totalement
folle, perturbante et irréelle, n'est au final que
le carrefour de toutes ses influences multiples,
le corridor où fusionnent toutes les puissances
...................qui gravitent autour de lui.
Ca c'est de la métaphore.
Il y a peu, j'ai imaginé une pièce de théâtre où coexisteraient des personnages quelque peu bizarres. Et même si la source de cette conception morte-née m'est inconnue, je suis certain que ce n'est pas mon cher et puissant God perché sur son cumulo-nimbus qui me l'a soufflé dans mon oreille.
Après ce petit prologue a visée culturelle, laissez-moi, mon rare ami lecteur que je vouvoie, même si je te connais sûrement et que je te fais la bise tous les matins, vous expliquer rapidement le concept de cette pièce, intitulée, pour l'instant :
Ils auraient préféré qu'ils soient morts, ou mieux, qu'ils n'aient jamais existés
C'est sobre.
La principale originalité de la pièce, si on peut appeler ça de l'originalité, et si on peut appeler cela une pièce, c'est que s'alternent de façon très rapide le jeu des acteurs propre à toute pièce, avec des scènes filmées auparavant retranscrite sur un écran géant. Car oui, il y aura un écran géant. Derrière la scène. Toujours visible.
En effet, de manière au départ incongrue et inhabituelle, alors que les acteurs joueront, une scène de la vie quotidienne par exemple, et alors que le public s'attend naturellement à ce que la conversation continue, d'un coup d'un seul, les lumières s'arrêteront, et un film, parfois d'une dizaine de secondes, parfois de plusieurs minutes, commencera. Et ce film débutera exactement là où s'étaient arrêté de parler les acteurs. Car c'est eux qui joueront dans cette séquence. Séquence qui montrera une réaction possible du personnage. Réaction qu'il n'aura pas, car sitôt le film s'achévera que la pièce reprendra au même instant où elle s'était arrêté, avec une autre réplique, la réplique que le personnage dira réellement. Le film n'étant qu'une hallucination, un moment d'absence.
Exemple, mise en situation :
En italique, ce sont les didascalies. Je sais que vous le savez, mais j'adore ce mot.
Prudence et Louise, dans la buanderie.
Prudence, peu intéressée : - Tu as passé une bonne journée ma chérie ?
Les lumières s'arrêtent. Sur l'écran, on voit Prudence et Louise, dans la buanderie, dans la même position.
Louise : - Mais Maman, ça fait quinze fois que tu me poses cette question aujourd'hui. Tu m'écoutes parfois? Ou t'es trop occupée à nettoyer les crottes de Mamie ? Ah bah non, c'est vrai, tu l'as laisse moisir dans sa merde jusqu'à ce qu'Hildegarde ou moi allions lui changer sa couche. Comme si j'avais envie de voir les croûtes de ma grand-mère et ses moignons horribles. Je te signale que c'est ta mère handicapée, connasse, avant d'être ma grand-mère handicapée. Alors tu pourrais bouger ton gros cul pour une fois, aller nettoyer le pus qu'il y a sous les aisselles de la vieille, et arrêter de me faire chier avec tes questions pourries dont tu n'écoutes même pas les putain de réponse. Et en fait, salope, non, je n'ai pas passé une bonne journée.
Le film s'arrête, les lumière se rallument.
Louise : - Oui Maman, j'ai passé une bonne journée.
Bon, alors bien sûr, là, tout de suite, ça a juste l'air d'être un procédé de mise en scène un peu cocasse pour divertir la foule en délire. Mais à certains moments, cela peut même faire avancer l'intrigue. Cela peut même aider à mieux comprendre les huit personnages principaux, tous de la même famille, et leurs différentes pulsions non assouvies, ainsi que leurs frustrations. Car ce procédé peut également servir pour qu'un personnage raconte un souvenir à un autre, sans pour autant changer le décor de la pièce. Dès lors, n'importe qui peut raconter sa vie, et une de ses expériences qui lui a permis de s'épanouir.
Le problème, c'est que ses libidos non contentées sont peut être nombreuses, mais quand les membres de cette famille assouvissent leurs fantasmes, cela donne quelque chose d'assez effrayant. A tel point qu'on a l'impression parfois, fin je n'en sais rien pour l'instant, mais en tout cas, la chose est écrite de telle sorte que, cela donne l'impression parfois donc que la réalité se trouve dans ses fameux films.. D'ailleurs, puisque parfois les films racontent des souvenirs, il s'agit donc de la réalité, selon les personnages, il arrive parfois qu'on n'arrive plus à faire la distinction entre l'imagination, l'action, le désir et la réalité, passées ou présentes. D'où une confusion certaine. Cette sensation de trouble de la réalité est d'ailleurs censé être souligné par le fait qu'aucun indice de lieu et de temps n'est donné, ce qui amplifiera ce qu'est censé provoquer cette sensation que l'action qui se passe sur scène est au delà du concevable.
Car les personnages sont effectivement à la fois absurdes et abominables.
Edmond De Carsale : le père de cette famille cossue. C'est le patron d'une maison d'édition apparemment célèbre et réputée, puisqu'elle lui permet de gagner énormément d'argent et donc de faire vivre sa famille dans des conditions de vie très enviées. Il s'implique également énormément dans la vie politique locale, et se dit défenseur de la culture et du savoir. Par ailleurs, il est très respecté par le charisme et le pouvoir qui le caractérise. C'est un homme de terrain, de poigne, avenant et persuasif. C'est également un pyromane, il a un besoin compulsif de faire brûler des choses, que ce soit des petits objets en plastique dans les moments de plus grande lucidité, ou des forêts entières dans les moments de plus grande crise. Vide de tout regret après son acte criminel, il n'a pour autant aucun objectif politique ou une quelconque vengeance à exécuter à travers le feu qu'il a provoqué, qui n'est pas pour autant sans conséquence sur sa famille, puisque par exemple, il a failli tuer sa fille Hildegarde en incendiant son berceau, il y a plusieurs années. Mais il se moque de la destruction qu'il créé, trop enfermé dans la culture qu'il chérit. Cet enfermement dans les livres constitue d'ailleurs la seconde maladie de cet homme de quarante-cinq ans, qui est pourtant la personne la plus stable de la famille.
Rosaire De Carsale : le fils aîné de la famille. âgé de vingt-deux ans, c'est un artiste, qui a hérité des qualités sociales de son père, et qui a donc pu se constituer un cercle d'admirateurs, d'amis et de collaborateurs à son art. Touchant aussi bien au chant qu'au cinéma, à la peinture ou à la littérature, il n'hésite pas à utiliser son argent et son influence pour propager ses paroles de haines nazies. Profondemment raciste, particulièrement antisémite, grâce à une argumentation, certes monstrueuse, mais réfléchie et parfois pénétrante, et à ses différentes formes d'art, il tente de réorganiser un parti nazi au sein de sa communauté. Particulièrement orgueilleux et imbu de sa personne, il va jusqu'à se poser en nouveau messie, et son parti politique devient rapidement une sorte de culte à sa personne. Futur dictateur en puissance, seule sa famille arrive à lui tenir tête, notamment son père, avec qui il débat souvent des autodafés, sujet épineux et contradictoire pour les deux hommes. Mais à la tête d'une armée de zombies humains haineux et agressifs, Rosaire risque de faire encore plus de dégâts que son père le pyromane.
Hildegarde et Louise De Carsale : la pièce est rythmée par la vie des jumelles. En effet, elle commence par le vingtième anniversaire des deux soeurs, est interrompue à l'entracte par la mort d'Hildegarde, et s'achève par le mariage de Louise avec le meilleur ami de son père. Bien que similaires et très proches, les deux filles sont tout de même caractérisé par une différence bien nette : alors que Louise peut mener une vie tout à fait normale, dans les limites de sa folie, Hildegarde est victime de la xeroderma pigmentosum, une maladie qui, normalement, l'empêche d'entrer en contact avec le soleil. Par chance, la maladie chez Hildegarde n'est pas trop développée, elle peut donc tout de même rester quelque temps dehors en plein jour, mais surtout, par un déréglement quelconque, elle permet à Hildegarde de ne plus ressentir les symptômes de toutes les autres maladies qu'elle pourrait rencontrer, ce qui représente en un sens une chance. Malgré cette dissemblance, Hildegarde et Louise se ressemblent comme deux gouttes d'eau, elles sont toutes les deux aussi belles, intelligentes et vénales. Populaires et appréciées dans les études qu'elles effectuent, elle sont également très courtisées, par les étudiants, mais aussi par les criminels que Louise cotoie le matin, quand Hildegarde doit rester dans sa chambre. Et elles s'en amusent en mettant au point des plans pour voler l'argent de ces voleurs et autres assassins. En séduisant et en cachant chez eux des criminels, elles obtiennent en contrepartie un bout, voire même la totalité du butin qu'ils ont ramassés. Ensuite, elles le livrent à la police, pour ne plus avoir à les supporter. Et pour s'assurer qu'aucune représaille n'est lieu, Hildegarde contamine les dits-criminels d'une syphilis dont elle n'a pas à subir les conséquences, mais qui seront mortels à leurs amants au bout de quelques semaines. Hélas pour elles, une de leur victime aura le temps d'envoyer un de ses hommes tuer Hildegarde, d'une balle en pleine tête. Dès lors, la combine des soeurs s'arrêtera, mais Louise se lancera dans une vengance personnelle, qui se concrétisera par son mariage avec un homme puissant capable de tuer l'assassin d'Hildegarde sans aucune retombée juridique, ce qui prouve à quel point les soeurs, qu'elles soient ensemble ou seule, sont capables de beaucoup lorsqu'elles désirent quelque chose de particulier. Ce sont également les deux seules de la famille dont les vices sont calculés, réfléchis et utilisés pour former un plan censé et intelligent, et non pas pour seulement combler une pulsion ou un besoin quelconque.
Onésime De Carsale : fier de sa marginalité et de ses excentrécités, Onésime a toujours eu l'air d'une personne dans la lune. Jamais attentif à ce qui l'entoure, il avance dans la vie au hasard, rencontrons des personnes dont il ne se souviendra pas et dont il s'en fiche. Car Onésime se moque totalement de la vie qu'il mène, de ses propres goûts, de ses passions, des gens qu'il croit aimer. Tout comme son père a une fascination pour le feu, Onésime est troublé et prête une attention particulière à la mort. Après plusieurs tentatives de suicide, toutes contrées par l'intervention de son frère Rosaire, qui en fervent chrétien ne pouvait accepter l'idée du suicide, il essaye de combler son magnétisme de la mort en vagabondant dans des cimetières et en profanant des tombes. Parfois même, il va jusqu'à découper des bouts de cadavre pour les empiler dans un mausolée qu'il a construit, et il en fait une pyramide qu'il recouvre de baume et d'onguent pour qu'elle arrête de pourrir et qu'il puisse continuer à la contempler. Profondemment marqué par la mort de sa grande soeur, avec qui il voulait avoir des relations incestueuses pour être contaminé par la syphilis, il va jusqu'à voler son cadavre pour pouvoir l'enterrer non pas dans le cimetière trop éloigné à son goût, mais dans son jardin, au pied de l'arbre où il a plusieurs fois essayé de se pendre. Sombre et suicidaire, sans aucun but dans la vie, Onésime est le seul de la famille à se rendre compte des tares dont ils sont façonnés, d'où ses tendances auto-destructrices.
Simon De Carsale : surdoué, vif, particulièrement intelligent, le dernier des enfants de la famille, âgé de seulement huit ans, connaît toutes les odeurs du monde et sait les mélanger pour faire les plus exquis des parfums. Mais par ce contrôle des fragrances, c'est aussi certains comportements qu'il arrive à manipuler, et arrive de cette manière à changer les actions des gens avec qui il vit de la manière qui l'arrange. Il s'amuse également avec différentes expériences, notamment sur des chats, qu'il humecte de différents arômes pour les pousser au cannibalisme, voire à l'auto-cannibalimse, ce qui l'amuse énormément. Il est plutôt proche de sa grand-mère, Adélaïde, qui est totalement impotente, au bord de la mort, dans une douleur atroce, et essaye de l'euthanasier pour lui éviter de souffrir. Ce qui constitue peut être l'acte le plus noble et le moins glauque de la pièce.
Prudence De Carsale : mère attentionnée et aimante, c'est elle qui s'occupe depuis plus de vingt ans de la maisonnée et de l'équilibre de sa famille. Bien qu'elle n'ait pas pu réaliser ses rêves de femme active, elle s'épanouit tout de même dans son foyer en participant au bonheur de son mari et de ses cinq enfants qu'elle aime plus que tout au monde. Mais ses enfants ne sont pas les seuls êtres qui dépendent d'elle. Sa propre mère, Adélaïde, qui a perdu ses jambes et sa main droite, ainsi que sa langue, ne peut vivre toute seule. Ainsi, Prudence De Carsale s'occupe aussi de sa mère diminuée. Et c'est bien normal, notamment quand on sait qu'elle l'a séquestrait durant plus de cinq ans dans la cave de sa maison, puis qu'un jour, elle a décidé de lui couper un à un plusieurs de ses membres. Aujourd'hui, mutilée par sa propre fille, Adélaïde tente, tout comme son petit-fils, d'en finir avec la vie, en arrêtant de s'alimenter. Mais Prudence veille à sa bonne nutrition, allant parfois jusqu'à la gaver, pour qu'elle vive le plus longtemps possible, et que la société lui donne crédit du sacrifice que se fût de s'occuper de sa propre mère qui ne peut ni bouger, ni parler. Une sorte de syndrôme de Münchhausen inversé, qui créé un lien très étroit entre la mère victime et la fille tortionnaire qui laisse passer ses frustrations et ses déceptions sur le corps décharné de celle qui a osé lui donner la vie.
L'intrigue de la pièce n'en est donc pas vraiment une. Il s'agit plus d'une succession de vices qui montre certains des penchants les plus sombres de l'homme réunie dans une famille, qui certes, ne se prétend pas modèle, mais qui semble à priori normale. Une sorte de métaphore de tous les crimes qu'on retrouve depuis la Bible.
La pièce se termine après le mariage de Louise, et donc sa vengance. Mais après l'échange des consentements, les lumières s'éteignent à nouveau. Alors qu'on s'attend à un ultime film, les lumières se projettent dans un autre endroit, un vide dans le public. On y voit Adélaïde, la muette qui essaye de prononcer quelque chose, puis qui convulse, et meurt. Alors, Simon et Prudence s'avance vers le cadavre, et disent :
Simon : - Est-ce que Mamie est morte ?
Prudence : - ... Je ... pleurs ... je ... oui. Mais tu sais, Mamie allait vraiment mal, elle avait beaucoup de cauchemars... des hallucinations très profondes qui la fatiguaient et lui faisaient du mal...
Simon : - Des cauchemars ?
Prudence : - Oui... Je n'peux pas te dire ce qu'elle imaginait, mais ça devait être horrible.. Alors, c'est peut être mieux ainsi... Va prévenir Papa s'il te plaît... J'ai besoin de lui... Oh, et en fait, Mamie avait plusieurs chats avec elle, tu ne sais pas où ils sont passés ?
Simon : - J'imagine qu'ils se sont enfuis...
FIN
Alors, hallucination de la vieille handicapée qui s'ennuyait sur sa chaise roulante ou réalité morbide prouvée par l'absence des félins de la vieille ?
En tout cas, c'est une pièce qui tente d'aborder le thème de la folie et de la confusion entre réalité et imaginaire.
J'avoue qu'elle a été imaginée après une soirée bien arrosée, et que les derniers détails ont été mis au point à la suite d'une dernière soirée totalement inondée. A savoir hier. Mais bon. Qui s'en préoccupe ?
J'ai une sensation de glaires nocturnes. Ceux qui t'étouffent quand tu es enrhumé en hiver, alors que tu essayes de dormir. Mais c'est presque l'été. Et en pleine journée. D'où ma gène...
En fait, j'viens d'avoir dix-huit ans. J'espère que ce n'est pas la moitié de ma vie...
(Le gars toujours optimiste, qui ne voit le mal et le maheur nul part, pas même dans son avenir...)
En fait, tu sais que beaucoup de gens cachent des textes ? Avec un texte couleur ébènesur un fond noir, par exemple ?
N A Ï F . M O U T O N . Q U E . V O I L À
Checklist
Great song
New England
Scenester, Big D and The Kids Table